mercredi 20 mai 2009

Temple Dainichibo

Désolée d'avoir mis tant de temps avant de poster ce nouveau message, je n'ai pas été une blogueuse très assidue ces derniers temps...

Samedi dernier, j'ai joué à fond mon rôle de touriste en allant visiter pas moins de 3 lieux différents dans la journée. En fait, cette journée avait été proposée par Mio - qui nous avait déjà emmené au restaurant traditionnel (qui s'appelait "Chi-kei-ken") - parce qu'une de ses amies venait lui rendre visite, et c'était pour elle la première fois qu'elle venait à Tsuruoka. Nous avons donc commencé la journée par la visite le temple Dainichibo, situé près du mont Yudono, l'une des 3 montagnes sacrées de Dewa, et qui abrite une momie ! Le temple avait été fondé par un moine en l'an 807 et se nommait au départ Kyooyugaji, puis Ryusuiji-Kongoin. A l'époque, les femmes étaient interdites à Yudono, mais autorisées dans le temple.

La porte du temple a été construite pendant l'ère Kamakura (1185-1333), ce qui en fait la plus ancienne porte de ce type de la région :

A l'intérieur de la porte se dressent des statues, gardiennes du temple. A gauche du temple, le gardien renferme le vent dans son sac, tandis que celui de droite est associé au sable. Deux autres statues (que je n'ai pas prises en photo) servent également de gardiens. Il s'agit de A-Un. L'une des deux statues (A) a la bouche ouverte, tandis que l'autre (Un, prononcer "oune") a la bouche fermée. D'après le Petit Futé, les deux personnages représentent la vie. "A" est en effet le premier son qu'un bébé va dire à la naissance en ouvrant la bouche, tandis que "Un" est le dernier son émis par un mourant dans son dernier souffle. Ceci dit, d'après ce que les 2 japonaises qui nous accompagnaient nous ont expliqué, il s'agit d'une sorte de communication mystique : le premier ouvre la bouche en disant "A", et exprime ainsi une pensée ; après quoi l'autre répond "Un", pour signifier qu'il a compris.
Sur la porte étaient également accrochées beaucoup de chaussures, laissées là par les pèlerins venus se recueillir dans le temple. Et sur ces chaussures étaient disposés, voire noués de petits papiers, sur lesquels est écrit le sort réservé au croyant. Si celui-ci est mauvais, pour ne pas ramener le mauvais œil chez soi, on noue le papier en l'accrochant dans l'enceinte du temple (j'en ai d'ailleurs vu d'autres accrochés à des branches d'arbre).

Une fois la porte franchie, nous arrivons devant un long chemin rectiligne menant à une flopée de marche permettant d'accéder au temple. En haut des marches, une petite fontaine d'eau sacrée coule, et avant de rentrer dans le temple, nous devons arroser nos mains de cette eau : une fois la main gauche, une fois la main droite, puis de nouveau une fois la main gauche...
Nous sommes ensuite entrés dans le temple lui-même. Nous avons été invités à nous asseoir sur les tatamis, en face d'un autel, et un moine a allumé des bougies et priés dans la partie "autel" (probablement pour nous). C'était relativement impressionnant comme ambiance. En effet, le moine récitait des prières en chantant (ça faisait très incantations), et frappait également régulièrement sur un gong. Puis, une fois la prière terminée, il est sorti de la partie autel avec un grand bâton au bout duquel était disposé de longs et larges morceaux de papier. Ça ressemblait en gros à une serpillère géante. Puis il a touché la tête de chacun d'entre nous avec cet objet, pour chasser toute mauvaise chose de nous.
Un second moine, plus âgé est alors arrivé, s'est assis et nous a raconté l'origine du temple. Il avait l'air passionné par ce qu'il racontait (mieux qu'un prof d'hisoire !). Mais, évidemment, il parlait en japonais, donc je ne comprenais absolument rien de ce qu'il racontait...Heuresement que 2 japonaises nous accompagnaient pour servir de traductrices !
Le moine nous a ensuite demandé de joindre les mains en les claquant pour prier.

Après tout ça, il nous a menés dans une seconde salle, dans laquelle trônait la fameuse momie. Il s'agissait de la momie de Daijuku Bosatsu Shinnyokai Shonin, et une nouvelle fois, le moine qui nous accompagnait nous a raconté son histoire. Ce moine s'était momifié lui-même pour être vivant jusqu'à l'arrivée du prochain Bouddha, et si vous aussi ça vous intéresse, je vais vous décrire la procédure à suivre pour devenir une "momie vivante". Il faut commencer par adopter un régime bien particulier : ne manger que 5 types de graines et noix pendant une longue période, en l'accompagnant bien entendu de prières et méditation assidues. Puis, vous changez votre régime pour ne consommer plus que de l'eau, du sel et de l'urushi, la sève d'un arbre habituellement utilisée pour laquer les meubles, mais qui s'avère être une bonne protection pour vos organes internes. Enfin, la dernière étape est de vous enterrer dans un grand trou, avec une simple paille en bambou pour respirer. Vous n'avez alors plus qu'à attendre de mourir, et le tour est joué ! Daijuku Bosatsu Shinnyokai Shonin s'est ainsi enterré en 1783, et figurez-vous que le fondateur du temple, qui avait lui aussi suivi la même voie, est pour sa part toujours dans le sol !
Malheureusement, dans cette salle, les photos étaient interdites, mais pour que vous puissiez vous figurer à quoi ressemble une momie japonaise, je vous ai quand-même trouvé une photo sur internet :

Comme vous pouvez le constater, la peau de cette momie est blanche, contrairement à celle des momies égyptiennes, noire. Et le moine qui nous apprenait la vie de la momie nous a même dit que lorsqu'il avait changé ses vêtements, il y a quelques années, il avait remarqué que sa peau était, chose surprenante, douce (à ce propos, les vêtements sont changés tous les 6 ans, et justement ça tombe cette année !)... Dans tout le japon, il existe une vingtaine de momies, mais celle-ci est toute particulière, puisque c'est la seule dont on n'ait pas retiré les organes internes !
Une fois toutes les explications terminées, le moine nous a invité à frapper un genre de gong (un "bol" métallique posé devant la momie) à trois reprises avant de prier.

Nous sommes ensuite sortis de la salle, pour passer devant un certain nombre de statues de b
Bouddha mais également de divinités Hindoues, et Kalesh (qui est indien) nous accompagnant, nous avons pu avoir encore d'autres explications...

Enfin, nous sommes retournés dans la première salle, où nous avons accroché chacun une pièce trouée (donc une pièce de 50 ou 5 ¥) à une longue bande de tissus tendue dans la pièce, afin de rester en connexion avec le temple. Et pour finir, nous avons chacun tiré (pour 100¥), un petit papier qui nous a donné un genre d'horoscope... Il s'agit en réalité de 2 petits papiers, l'un décrivant le dieu qui nous correspond (accompagné d'ailleurs d'une petite représentation dorée du dieu eu question), et l'autre, qui nous donne des informations sur comment nous conduire dans notre vie. Pour ma part, mon "dieu" n'en était pas vraiment un, mais étant considéré comme tel, il l'est finalement devenu. Et mon "horoscope" était chanceux (au 3ème échelon sur 5 me semble-t-il), et voici ce dont je me rappelle (oui parce que comme c'est tout écrit en japonais, j'ai beau le relire autant de fois que je veux, ça n'aide pas ma mémoire...) : concernant la santé, il faut que j'aille chez le médecin dès que je suis malade, ou alors ça pourrait devenir grave. Et concernant les études, je me surestime. Voilà, vous savez à présent tout de moi !

Enfin, après toutes ces péripéties, nous sommes sortis du temple frigorifiés (je crois qu'aucun d'entre nous ne pouvait encore sentir ses orteils), et nous nous sommes dirigés vers un arbre sacré situé non loin de là. Il s'agit d'un cèdre de 1800 ans, très imposant de part sa taille, sa circonférence et ses branches (beaucoup d'entre elles on la taille d'un tronc d'arbre et certaines ont des formes improbables). Cet arbre, nommé "l'autel impérial du cèdre" a été planté sur la tombe du prince Mimurowake, qui est à l'origine du nom des 3 monts sacrés de Dewa. En effet, la légende veut que des centaines d'aigles, recherchés afin de fabriquer arcs et flèches à partir de leurs plumes vivaient dans la montagne. Un jour, un villageois a couvert toute la montagne d'un immense filet, puis a présenté les aigles ainsi capturés à la cour impériale. Reconnaissant, l'empereur a appelé la région Dewa, ce qui signifie littéralement "là d'où viennent les plumes". La montagne a sur le même principe été nommée Takajo, désignant la compétence pour attraper les aigles, et enfin, les terres sur lesquelles se tient le temple ont été appelées Oami, qui veut dire "grand filet", le filet ayant été disposé à cet endroit.

Voilà pour la matinée de samedi dernier. Mais ce message étant déjà assez conséquent, je crois que je ne vais pas poster tout de suite la suite de mon week-end...

4 commentaires:

Stéfanie a dit…

Wahouuu j'ai adoré lire tout ça (je suis une grande fan de mythologie et d'histoire des peuples et des croyances et tout) merci Christelle !
J'espère que tu nous écriras encore beaucoup beaucoup de posts passionnants comme celui-là !
Bonne nuit :)
Ta plus fidèle lectrice :P

Kurisutelu a dit…

Ouf, je suis rassurée ! Je me disais que vu la longueur de ce post, jamais personne ne le lirait en entier...
Merci donc a mes fidèles lecteurs !
Bientôt la suite de cette journée riche en découvertes...

Sébastien a dit…

Voilà une matinée bien remplie ! Ca me fait plaisir de voir la culture japonaise à 400 km de Tokyo.
Christelle, quand est ce qu'on peut se voir ?

Unknown a dit…

Ah, la précision des rituels shinto.
Avec un peu d'influence taoiste, dans la quête de l'immortalité via la nourriture, non? (Aucun mérite, c'était mon programme d'anglais :p)

Alors comme ça tu te surestimes? J'ai du mal à l'imaginer? Ou bien les horoscopes se trompent, ou bien tu n'es plus la Christelle que je connaissais en prépa, et qui s'inquiétait à tort de ne pas pouvoir réussir ses concours.

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